lundi 18 janvier 2010

En place publique (spoiler)

Agora

Le décor est celui de l'infini, l'immensité de l'espace qui se résume à un milliard de points lumineux sur fond noir d'encre. La lune est minuscule, la Terre, bien ronde, ne se distingue que par ses couleurs. A la surface de cette Terre, si isolée dans l'immensité, on s'approche peu à peu d'un point tout à fait microscopique, une ville. Cette ville est Alexandrie, la Grande, celle qui, à l'embouchure du Nil, tenait lieu de carrefour entre des mondes divers. La cité ne paye pas de mine. Elle qui dans le passé était parmi les plus grandes, un foyer de culture et de savoir, une métropole de la civilisation grecque, un melting-pot d'Egyptiens, de Grecs, Macédoniens, Juifs, Asiatiques, Gaulois, puis Romains, à cette heure on peine à y voir plus qu'une ville poussiéreuse, décolorée, comme lessivée par des temps difficiles. Ses bâtiments couleur sable, ses artères pavées de poussière et ses habitants, aux teints de peaux si nuancés, couverts de voiles et de sombres tuniques, tout ici nous évoque Gaza plus qu'Alexandrie la Grande, la fondation du Conquérant, l'antique capitale des Ptolémée. Ce n'est sans doute pas innocent. Car ce n'est pas seulement Alexandrie que veut nous montrer Amenabar, mais aussi Bagdad, Kaboul, Gaza...
Saviez-vous que Gaza fut probablement la dernière "citadelle" du paganisme dans l'Empire romain? Aujourd'hui des fanatismes religieux continuent de la déchirer. Peut-être une malédiction, peut-être une malédiction du dieu miséricordieux, si prompt à juger et punir? Mais n'allons pas trop vite...

Foule qui grouille n'amasse pas nouille...

Alexandrie joue le rôle de l'Agora. Ce mot, en grec archaïque, désignait l'emplacement où la communauté du peuple pouvait se regrouper, avec ses troupeaux ou pour de multiples raisons. Avec le développement de la vie en cités, l'agora devient le lieu public par excellence, la place du marché, des décisions politiques, du rassemblement. Un lieu sacré aussi, gardé par la loi des dieux. Avec la construction de l'empire romain, l'agora reste la place centrale des cités, comme à l'ouest les forums. Alexandrie, vaste extension d'agora, se présente non seulement comme une reconstitution déprimée d'un espace historique, mais aussi comme le lieu de vie et d'opinion d'hommes et de femmes. Ici, les plans aériens nous montrent des hommes confondus dans une populace uniforme, grouillante, une fourmilière agitée de spasmes et de passions virulentes. Où est l'ordre dans cela? Que peuvent les légions romaines face à une foule sans visage, dont on ne sait plus quelle identité lui attribuer? Alexandrins? Juifs? Citoyens romains (car ils le sont, depuis 212 après J-C)? ou chrétiens...? Tel ce maître de maison, Théon, qui découvre que des chrétiens vivent sous son toit, parmi ses esclaves, et qu'il n'a rien vu venir, ou ces intellectuels païens qui s'étonnent de se voir submergés en nombre? Combien sont-ils? Puis, à l'heure de la conversion, qu'est-ce que le paganisme, quand tout le monde est chrétien, que le christianisme est seule identité possible dans une cité qui n'est plus que l'ombre d'une Jérusalem universelle? Quelle place pour les Juifs et pour les païens dans ce monde...?

Nous sommes à une époque où l'empereur est chrétien et où le christianisme a acquis depuis un siècle sa liberté d'existence. Nous sommes au moment où il la supprime aux autres. Nous sommes à l'époque où le fanatisme religieux et la guerre de religion font leur apparition, main dans la main. Tandis que des intellectuels écoutent leur professeur disserter sur l'astronomie, dans l'enceinte de la grande bibliothèque d'Alexandrie, le conflit éclate. Un chrétien, Ammonius, critique, en place publique, la divinité des statues païennes. Il prétend faire miracle, devant un païen qui se défend tant bien que mal au milieu des moqueries de la foule. Ammonius marche sur le feu : travail de fakir ou foi efficace, peu importe, il marche à grands pas dans les flammes sans roussir sa tunique noire. La foule est impressionnée... la foi passe par le spectacle. Puis on invite... pardon, on oblige le païen à faire de même. Il panique, trébuche, sa toge flambe, tout le monde rit et on le laisse, on le force à se consumer malgré lui, pour bien insister sur la nullité de ses prétendus dieux. Les chrétiens brûlent un premier païen : on sait combien ils y ont pris goût.
Pour les païens, c'en est trop. Les cours sont interrompus dans la grande bibliothèque alors que des chrétiens humilient à coups de fruits pourris les statues des dieux, dehors. L'outrage mérite punition, comme Théon a puni son esclave. La crise sociale est là, en filigrane, derrière le conflit religieux. Les étudiants et les sages de la bibliothèque sortent armés pour venger le sacrilège. Le rapport de forces paraît alors inégal : les païens sont des gens de bonne naissance, instruits, fortunés, des fils de notables qui ont appris à manier les armes, et qui ont aux poings de vrais glaives romains (la spicata n'avait peut-être pas encore de marché à Alexandrie, bien qu'elle ait séduit les légions romaines... mais bon, petite erreur de reconstitution bien peu dommageable) ; la foule est voilée de bleu et noir, sans visage encore, sans arme, sans instruction...
Mais la surprise se fait jour pour les païens. Ils ont provoqué la guerre civile les premiers... Mais ils ne s'étaient pas rendus compte, à l'abri de leurs foyers et de leurs sanctuaires fermés, que le christianisme avait tant fait d'adeptes... des adeptes qui ne demandaient qu'une attaque pour riposter. Et la foule grossit. Les esclaves frappent leurs maîtres à mort. Les chrétiens, pauvres et sauveurs des pauvres, refoulent les païens, riches intellectuels qui n'ont rien vu. Ces-derniers sont contraints de s'enfermer dans la bibliothèque...

Païens aux abois.

Petit arrêt sur image :
1) la Bibliothèque. Il s'agit en réalité d'un sanctuaire, le Museum, temple des Muses, gardiennes de la connaissance et des arts. Le film y intègre un Sarapeum, temple de Sarapis (divinité syncrétique d'Alexandrie, sans doute mise en avant pour son métissage que seuls des païens peuvent admettre). Mais dans l'entourage du temple, il y a aussi la bibliothèque, un véritable trésor de livres anciens, soigneusement protégés et entretenus, et une école philosophique parmi les plus importantes du monde antique. Tout le savoir y est conservé, nourri, et c'est tout le savoir de près d'un millénaire d'histoire et d'auteurs du monde entier (c'est-à-dire de tout l'empire romain).
2) Hypatia : c'est une femme, une philosophe, une païenne. En réalité, elle aime plus la sagesse que les dieux, mais c'est surtout une femme qui séduit les hommes cultivés de son entourage par son intellect et par sa bonté d'âme. Pour elle, les hommes sont tous frères et les querelles religieuses, qui sont, il faut bien le dire, une nouveauté de l'époque, la dépassent. Elle évite le mariage et l'amour pour se perdre dans l'astronomie, les mathématiques, la découverte des grands mystères de l'univers. D'une façon autre que religieuse. Elle est une scientifique. Une philosophe, "amie de la sagesse".

Hypatia révise ses tables de multiplication.

Le fanatisme chrétien assiège le temple de la sagesse. Théodose, empereur chrétien, leur livre ce dernier bastion de la connaissance. En une nuit, on assiste au Grand naufrage de l'Antiquité, comme l'appellent les historiens. Toute la littérature que nous connaissons de l'Antiquité n'est qu'une poignée de sable comparée à ce qui existait en ce temps. Le reste a brûlé cette nuit-là, puis d'autres nuits, quand le fanatisme religieux nouvellement offert à l'homme a consumé l'ouverture d'esprit et la quête de savoir. Un seul livre compte et c'est celui que l'on offre à la vénération, obligatoire. Le film le montre admirablement bien. Le chapitre de l'incendie de la bibliothèque est particulièrement pénible. Je dois dire qu'ici toute objectivité disparaît. L'historien en moi hurlait contre l'obscurantisme assassin qui nous a privé de tant de connaissance, de tant de progrès scientifiques, de ce grand naufrage qui désole mes professeurs; le païen pleurait devant la profanation du temple des Muses, devant la mise à terre du dieu Sarapis, devant l'intolérance et le sacrilège, la monstruosité de ce mélange de haine et de joie, que seule l'ignorance d'une foule abrutie pouvait permettre, lors du pillage chaotique de la bibliothèque. L'inversion de la perspective traduit bien le renversement de la situation, la chute, et le bouleversement de l'esprit. Je me reconnaissais trop dans le personnage d'Hypatia, fuyant la bibliothèque en essayant de sauver le maximum de livres...

"Et si j'me faisais une omelette ce soir?"

Quelques années passent. La cité est désormais chrétienne. Le préfet, Oreste, ancien élève, amoureux d'Hypatia (libre interprétation du cinéaste, peut-être...) s'est officiellement fait baptisé. La politique l'exige. La bibliothèque a été convertie en église cathédrale. Cyrille, le nouvel évêque, dispose d'une milice de gros bras fanatiques vêtus de noir, les parabalani. C'est lui, le patriarche d'Alexandrie, qui tient réellement la ville. Car il tient le peuple. Et il en veut aux juifs. Un pogrom, l'un des premiers de l'histoire, pogrom antisémite, conduit à la mort des Juifs que rien ne préparait à cela, et Oreste ne peut rien pour arrêter Cyrille. On brûle encore... Ca semble tellement prémonitoire. C'est douloureusement évocateur. Et on ne peut qu'être agacé des discours dogmatiques et de l'engouement populaire à chaque parole de de Cyrille - pardon, à chaque parole de Dieu...
Cependant, Hypatia, dans l'intimité fragile de sa demeure, accouche laborieusement d'une théorie : l'ellipse. Tout dans le ciel n'est qu'ellipse autour du soleil. On sait tout ça aujourd'hui, mais voir Hypatia trouver cette solution est à la fois merveilleux et triste : que de temps perdu depuis une époque aussi éclairée! Mais le symbole est plus loin : Hypatia comprend que le soleil est au centre du monde, non l'homme, et que le cercle parfait ne commande pas l'univers, mais l'ellipse. Rien n'est parfait dans ce monde mais c'est l'ordre qui s'établit autour de ces imperfections qui est perfection...

Saint Cyrille d'Alexandrie, inventeur du concept "méchoui de juifs".

Dehors, le danger gronde, en la personne de Cyrille, en l'image de l'obscurantisme et du fanatisme. Oreste est piégé: refusant de s'agenouiller devant la Bible que brandit l'éveque, il est blessé par un attentat à la pierre. Il veut défendre Hypatia, mais pour lutter contre Cyrille il lui faut l'appui de Synesios, évêque de Cyrène. Les évêques sont définitivement les maîtres des cités. Or, voilà, il lui faut être chrétien, donc respecter à la lettre l'Ecriture, donc tomber aux pieds d'un prêtre. Si ce n'est Cyrille, c'est Synesios. Mais tout est là : point de salut hors de l'Eglise. Point de pouvoir sans la crosse. Point de force sans Dieu. Point de sagesse hors du Livre. Hypatia est condamnée car elle refuse le baptême, car femme elle transgresse les commandements religieux en vivant libre, car philosophe, elle repousse l'obscurantisme et se tourne vers le soleil. La martyr païenne meurt au pied de l'autel et de la croix, au centre de ce qui fut sa bibliothèque, sous la coupole... elle pose ses yeux une dernière fois sur l'ellipse ouverte dans le plafond, et par-delà le soleil... La vérité qu'elle seule connaît, qui meurt avec elle pour longtemps encore.

Le film est ainsi poignant, tant par l'histoire personnelle d'Hypatia que par l'immensité de ce qui se déroule sous nos yeux. Car cette histoire de l'intolérance religieuse commencée (peut-être), au IVe siècle après le Christ, est encore aujourd'hui l'un des pires cauchemars de l'humanité. L'ennemi est le fanatisme, la gangrène qui immobilise l'homme en l'empêchant d'avancer. On ne peut porter de jugement sur ce film tant il fait remonter de sentiments contradictoires. A la fois on voudrait demander réparation... Savez-vous par exemple que Benoît XVI, fin 2009, rendait hommage à saint Cyrille pour son développement du culte marial (développement, soit-dit en passant, qui doit beaucoup à la lutte contre une hérésie...) ; cette semaine, le lendemain du jour où j'ai vu Agora, j'appris que le pape s'était rendu à la synagogue du Tibre (chez les voisins, un petit pas pour eux... un grand pas pour qui?) et proclamait que l'entente entre Juifs et Catholiques allait se porter mieux. Merci, mais peut-on oublier si vite les crimes de Cyrille, Père de l'Eglise? L'ironie de l'Histoire, humour noir...

On peut aussi souhaiter "plus jamais ça". On peut souhaiter la fin de l'obscurantisme, la lutte contre le fanatisme, de toute part. Et que jamais plus les dieux ne nous arment du glaive en nous aveuglant. Pour ma part je me tourne vers le soleil, à l'ombre de ma bibliothèque...

Paru ce jeudi, le petit dernier de Polymnia Athanassiadi... Il tombe bien (clic sur le livre!)

jeudi 14 janvier 2010

L'anonyme

Elle était dans le métro, un vendredi après le travail. Elle s'était offert le loisir de quelques courses, loisir de fou s'il en est car l'heure était partout à la foule et à la bousculade. Pressée par le temps et par les circonstances, elle avait fourré ses affaires à la va-vite dans son sac, sans ménagement. Le métro bien sûr était exigu, la populace dense, compacte. L'instant propice à l'attouchement. Les hommes l'effleuraient, certains malgré eux, d'autres avec ambiguïté. Elle ramena son sac au-devant d'elle.
Puis, à l'approche de son quartier, la rame se vida progressivement. Comme toujours, la masse était écrasante, la chaleur étouffante, les bruits de ferraille crispants et l'inhumanité de la multitude la pétrifiait comme si elle n'avait pas de nom et n'était qu'un objet parmi d'autres. Lorsqu'elle sortit par la bouche de métro, ses pas guidés par une routine sans visage, le froid et la neige transformèrent l'absolue neutralité de cette dernière demi-heure en décor de théâtre, reproduisant en arrière-plan ce que les acteurs aux masques blêmes de ces instants mettaient en scène malgré eux.
Rejoignant l'intérieur de son foyer, elle put se reposer de ce vide aspirant. Au milieu de cet espace confiné mais confortable, protégé, l'anonymat n'était plus. Tout était elle dans son intérieur, tout était personnel et rassurant. C'est alors qu'elle se rendit compte que quelque chose lui manquait. En fouillant son sac pour en tirer quelques cigarettes, elle remarqua un vide qui n'aurait pas dû être. Où était son porte-feuille? L'avait-elle déjà sorti? Elle retourna chaque endroit de son appartement où elle était passée, remonta le temps en mémoire et refit en esprit chaque déplacement. L'évidence lui apparut et la rage lui monta aux joues.
Elle avait été volée.
Certainement dans le métro, il n'y avait pas d'autre explication. Certainement dans cette foule où elle se sentait si vulnérable. Dans cette mascarade quotidienne où tout devient neutre et anonyme, un individu parmi d'autre, un inconnu inconnaissable avait franchi la barrière de sa bulle, avait introduit sa main dans son sac, ce petit bout de son territoire qu'elle emporte partout et lui avait volé son porte-feuille. Le souci matériel est énorme : 10 euros, une carte bancaire, une carte de métro, une carte d'identité, le tout coûtant cher à reproduire. Le souci moral est plus grand encore : on avait volé son intimité, un souvenir contenu dans le porte-feuille, son droit au déplacement (la carte de métro), son identité même (la carte d'identité). Dans cette bousculade de l'inexistant, on l'avait privée d'un morceau matériel de sa personnalité.

Qui? Moi!? ...

Qui accuser? Qui condamner? A qui jeter le mauvais oeil pour une telle forfaiture? Le danger se ressent, certes un danger qui n'est pas mortel, mais un risque tout de même... quel visage mettre sur ce danger, quand tout est inhumain, massif et quand la foule est aussi anonyme et fatale que les vagues dans l'océan? Le dieu des voleur est-il invisible?

Ce diable malicieux et fanfaron qui traverse le temps et l'espace comme une aiguille à coudre traverse le voile du ciel, se trouve là, dans l'acte, dans la subtilité du geste prémédité ou non. Il passe comme un souffle, comme un clin d'oeil. Il est dans le clin d'oeil, dans le moment d'inattention qui le rend quasi imperceptible. On ne le voit pas venir, on ne le voit pas partir, à peine se rend-on compte de son passage. Comme le furet du bois joli, il est passé par ici, il repassera par-là... mais on ne l'attrapera pas. Tout petit enfant, il pouvait voler le troupeau du Soleil sans laisser de trace. Ce démon vole dans tous les sens du terme, il est vif, agile et rapide comme un battement de cils. Il a accès à bien des mondes et peut lever tous les tissus de la réalité. Car il est le maître de l'illusion, de la tromperie et du mensonge, il transforme et métamorphose à volonté. Il triomphe de toute vigilance, le Tueur d'Argos. Il larcine sans poursuite. Il n'y a pas de bien ou de mal. Il n'y a que le champ des possibles. Et pour lui, tout ou presque est possible.

Donnons lui l'anonymat, il y sera agile comme un poisson est agile dans l'eau. Il se joue de la réalité, donnons-lui une réalité qui soit uniforme, d'une seule pièce, il n'en sera que plus aisé pour lui de l'inverser. Le vol brise les limites, dépasse les règlements, démonte les territoires. C'est ce qu'il aime : franchir les frontières, ployer les barrières. Voler c'est mépriser les limites de chacun. Ces limites sont essentielles, car chaque homme ou femme se crée plus ou moins consciemment ses propres limites, et la propriété n'est rien d'autre que cela : une démarcation. La maison, le sac, le mien qui n'est pas le tiens, c'est moi. Le Je qui s'exprime au possessif, c'est une définition de soi. Une définition qui fixe des termes. Et Termes est son nom étrusque. Car il sait les garder comme les dépasser. Il peut protéger les limites, mais il peut tout aussi bien les dépasser.

Equilibriste, entre ombre et lumière,
entre haut et bas, entre gauche et droite...
Etre les bornes pour mieux les dépasser!

Prenez donc garde, braves gens! Le voleur est habile, quand vos défenses il annihile. Il peut prendre votre argent, vos vêtements et sous-vêtements ; il peut aller jusqu'à prendre votre nom, usurper votre identité, la mettre à nu comme on met à nu le visage d'un homme masqué. Et vous, saurez-vous dire quelle est son identité?

vendredi 8 janvier 2010

Foyer, mon doux foyer!

Aujourd'hui, je vais vous parler d'une grande dame. Vous la connaissez peut-être, bien qu'elle soit très timide. Pourtant, elle mérite qu'on parle d'elle, puisqu'après tout, elle fut longtemps une des plus grandes stars du panthéon.

***
Son petit nom, dans la terre des Hellènes, est Hestia. Elle est la fille de Cronos et de Rhéa, donc la grande-soeur de Zeus (lui, vous le connaissez, j'en suis sûr). En réalité, elle est l'aînée de la fratrie, c'est elle qui a eu le privilège d'être engloutie la première par son père, quand celui-ci avait trouvé futé de dévorer tous ses mômes pour être sûr de pas les avoir dans les pattes (c'est qu'un bébé-dieu, quand ça chouine, ça masque le bruit de la télé et même de toutes les télés du quartier). Ainsi, Hestia n'a pas eu une enfance comme les autres. Elle n'a pas connu les couches, n'a pas connu les petits pots, ni les boutons de la puberté. Un jour, elle s'est éveillée, revenue à la lumière dans un vomissement qui devait ressembler à l'explosion d'une géante-naine, consécutif à l'absorption d'une potion pas nette que Zeus, le petit dernier sauvé par maman et retourné contre papa, avait glissé dans l'hydromel du matin. Ca perturbe un peu, mais guère plus qu'une naissance avec claque aux fesses et bain forcé. Cet instant a certainement été magique pour Hestia : imaginez... elle naît (douleurs, sang, claque aux fesses, cordon coupé et bain forcé) puis hop! in the mouse of dady! S'en suit un black out complet de près de deux décennies ('fin, le temps ne se compte pas vraiment chez les dieux, mais faisons comme si). Puis, nouvelle ex-corporation, pratiquement semblable, sauf que là elle a déjà un corps adulte. Imaginez... la jeune déesse, nue comme un papillon dans sa chrysalide, blottie en position foetale dans la marre rouge-noirâtre d'hydromel et d'ambroisie moitié digérés, tremblotant de froid. Puis, la voix qui parle, toute douce... Rhéa, sa mère, qui s'empresse de retrouver l'enfant dont Cronos l'avait privée, qui lui passe un peignoir en pleurant à chaudes larmes et la couvre de baisers...

Voilà pour la naissance de la dame. Elle explique sans doute le traumatisme qui la poursuit, bien qu'on n'en parle jamais. Hestia vit sa fratrie la rejoindre dans des conditions semblables (Hadès, Héra, Déméter, Poseidon + une pierre). Leur mère et Zeus (qui lui avait eu une enfance et une adolescence et pouvait servir de grand-frère, maintenant) s'occupèrent d'eux, pendant que leur père, cet ogre terre-à-terre, rassemblait son armée et tentait de s'opposer à la rébellion qui secouait tout le multivers. Hestia rattrapa le temps perdu au cours de ce long conflit. Sa nature distraite et réservée la faisait rester longtemps à l'arrière, tantôt sous la tente, tantôt à l'abri de la forteresse, où elle apprit à soulager les épuisés, les affamés, tous ceux que les intempéries avaient frigorifiés (Zeus en guerre, ça refroidit). Elle utilisa alors un don bien à elle, qu'elle découvrit certainement à cette occasion : la cuisson. Je devrais plutôt dire la température, la chaleur, celle qui sèche le chat mouillé au coeur de l'hiver, celle qui cuit la soupe pour l'affamé, qui réconforte le désespéré. Elle inventa alors un concept, qui allait avoir du succès : le foyer.

Mais que tient-elle dans sa main? de la violette, fleur des vestales?

Après la guerre, les dieux menés par Zeus s'installèrent sur le mont Olympe, comme chacun sait. Les cyclopes leurs construisirent un palais comme on a plus su en faire depuis et qui doit tenir à la fois de la maison et de la ville, toutes proportions étant annulées dans le plan surnaturel. Là, Hestia trouva un moyen de lancer son concept plein gaz, si j'puis dire, et se fit la gardienne du foyer des Olympiens. Elle cuisine, elle réchauffe, elle réconforte. Les dieux en avaient bien besoin et ils s'en firent une joie. Même que Poséidon, le grand gars baraqué, qu'avait pas encore les cheveux bleus à cette époque-là, se dit qu'il l'épouserait bien la dame du foyer, au cas où il hériterait des mers et serait contraint de vivre éternellement trempé et loin du soleil. Mais Hestia n'avait pas grand intérêt pour la chose, elle était tellement mieux auprès du feu, loin de tout, à l'abri... La pauvre, elle a mal vécu de pas avoir d'enfance et d'être gerbée par son père. C'est une dame gentille, douce par nature, elle a suffisamment souffert...

Feu de l'hôtel et de l'autel...

Zeus l'avait bien compris et il lui garantit que sa virginité serait préservée. Il créa pour elle le poste de déesse du foyer, de tous les foyers et décréta qu'elle pourrait être présente partout chez les hommes, où elle serait la première à être honorée de leurs prières et sacrifices. Car elle est la première née et que sans elle, sans le feu du foyer, la communauté, la famille, la vie n'auraient pas de sens. Poséidon, lui, on le sait, finit dieu de la mer... où le feu n'aurait jamais pu être à l'aise. Hestia vit donc sur l'Olympe, où elle cuit le dîner, où elle chante avec les Heures et les Muses, où elle entretient la chaleur et l'âme du foyer. Chez les hommes, elle prend la forme d'un échange d'électrons en cours de triangulation entre combustibles, comburants et dioxygène. Elle siège dans la cheminée et reste l'âme de la maisonnée. Les peuples pélagiques (Grecs par exemple), lui vouèrent un culte, lui donnant toujours la première part des plats qu'elle cuisait pour eux, dans chaque maison mais aussi chaque cité. Jamais on ne partait s'installer ailleurs et fonder un nouveau foyer ou une nouvelle cité sans l'emporter avec soi.

Hummm! Donne-moi un chocolat chaud et adopte-moi!

Depuis, Hestia a peu fait parler d'elle. Déesse timide, elle a cédé sa place au conseil des douze dieux à Dionysos, car elle préférait rester auprès de son feu, loin de tout souci et de toute misère. Elle refusa la main d'Apollon une fois, mais les people ne parlèrent pas d'elle en dehors de ça. Puis vint un jour où la fée électricité la détrôna dans le coeur des hommes, la reléguant au stade de luxe suprême (la cheminée!!) pour découper les parts de son patrimoine entre le four, le micro-onde, le radiateur et la téloche. C'était comme si on la dévorait une deuxième fois. Hestia se retira donc, aussi discrètement qu'elle avait vécu.

Quand Hestia se lance dans le transport.

Mais peut-être flamboie-t-elle encore dans le coeur de certains hommes, près d'ici, qui ont une âme et qui savent, eux, que l'âme du foyer s'emporte toujours avec soi, que la famille, ou les amis, toute communauté d'homme, a une âme. Et Hestia est toujours prête à réchauffer le coeur de ceux qui lui tendent une main humide de larmes, que partout où il va, l'homme emporte une part du feu sacré qui brûle dans l'âtre de sa cheminée.

Ai piqué ça sur un site internet :
il paraît qu'elle représente Diane et non Hestia,
mais j'la trouve toute mimi, donc, ben... c'est comme ça.

jeudi 7 janvier 2010

Pouvoirs, Eglise, société

"Pouvoirs, Eglise et société dans les royaumes de France, Bourgogne et Germanie de 888 aux environs de 1110", telle est la question au programme de l'agrégation d'histoire depuis 2008. Parmi d'autres, bien sûr, celle-ci ne s'inscrivant que dans l'étude de la période médiévale.

Mon esprit fumeux et fatigué se penchant largement sur cette question (enfin, quand je dis largement, je me comprends), il m'en est venu une autre : "Pouvoirs, Eglise et société en France au XXIe s." mais plus précisément, car c'est mon dada, du point de vue païen.

Ma qu'est-ce que le païen voit-il, dit-il ou fait-il vis à vis de ces trois concepts énergumènes? Quid du païen dans la société? Quid du païen face au pouvoir et face aux religions instituées?

La question me vient suite à la lecture d'un article racontant les difficultés de la religion grecque polythéiste confrontée aujourd'hui à une République et une Eglise orthodoxe qui font corps contre elle, alors même qu'elle se fraye un chemin dans la société. Qu'en est-il encore en France?

Pour être honnête, pas grand chose. Aux yeux de la société, le païen est encore un personnage marginal, inconnu du grand public, sans réel moyen d'expression, sans aucun moyen d'action. De toute façon, toute proposition païenne qui ne ferait qu'émerger d'une réflexion pseudo-commune serait court-circuitée de l'intérieur, tant le monde païen est éclaté, divers, et peu équilibré. Sinon peut-être du point de vue écologique, plus en ce qui concerne la sacralité de la nature, que les païens pourraient le plus défendre et seraient le plus en droit de le faire. Mais tout le monde ou presque se fout de leurs principes théologiques et de leurs divinités. Pardon, je devrais dire de "nos" principes et "des" divinités. Et c'est aussi bien, la société et le pouvoir étant fondamentalement laïcs. Encore que...

Préjugé : "je suis pas sataniste, je suis une chauve-souris"

Il n'y a peut-être que dans l'Art, entendez par là l'image, la littérature, la musique, etc, que les païens peuvent s'exprimer. C'est une culture, avant tout et après tout. Le religieux est à garder, à mon avis, à la discrétion de chacun. Mais peut-être pourrait-on croire et envisager une mise en relation avec l'Eglise? Eh! Qu'ai-je pas dit là?! Ces mécréants, ces obscurantistes dogmatiques, ces destructeurs de temples et ramoneurs de la sorcellerie, ces fanatiques du clou et ces encombrés du bouquin? Converser théologie avec nous! Fou que je suis. Mais pourquoi pas? Les membres de l'Eglise catholique, ou même des protestants, sont en général de fins connaisseurs de la théologie. Ce qu'ils n'ont pas éradiqué de païen, ils l'ont pris et il y a matière à comparer entre certains rites et croyances abrahamiques et le grand tout païen religieux. Ce serait leur tendre une main les premiers, avant que tous les préjugés n'aient envahi la connaissance (l'inconscience plutôt) que les gens ont de nous. Ce serait peut-être s'entendre avec les ennemis d'hier plutôt que remettre au goût du jour la bataille de la Rivière froide. Ce serait, dans le pire des cas, raffermir nos points de vue.

Druide, moine ou Benoît XVI en pyjama?

Quant à l'Etat, au pouvoir... S'il prenait acte de ses discours, protégeait la nature et défendait la liberté des cultes, il n'y aurait pas de problème. Mais la culture païenne est sans doute loin de pouvoir toucher le coeur des politiciens, sauf peut-être ceux qui recherchent l'identitarisme et le replis sur leurs prétendues racines nationales (ah! ça, y en a des païens qui sauraient leur parler, mais ceux-là sont les plus dangereux, faut-il le prouver?). Avant qu'un politicien prenne conscience de l'absolue nécessité qu'il y a à changer la société humaine pour la raccorder au naturel qui la nourrit, et autorise la vente de tisanes, il y a un bout de chemin, qu'il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'accomplir en païen. Le paganisme a beaucoup à apporter à la société, mais il n'est pas prêt pour le pouvoir, et peut-être ne le sera-t-il jamais, aussi, je propose qu'on laisse l'Art s'exprimer et non l'Autorité.

Tout ça pour dire que le paganisme ne peut et ne doit pas être un enjeu de pouvoir, ni une sorte d'Eglise (comme l'aurait voulu l'empereur Julien en son temps), mais bien une société dans la société, qui pourrait aider à la régénérer. Culture dotée d'une forte spiritualité, voire même d'une sensibilité, capable de réunir l'humain et le divin-nature, le paganisme est à développer, mais alors... comment? Le problème, et il est majeur, c'est le prosélytisme. J'ai entendu dire de l'hindouisme (qui est en quelque sorte un paganisme, même si les hindous n'ont aucune relation avec les païens occidentaux que nous sommes) tolérait naturellement toutes les formes de religion, même monothéistes, mais qu'en contre-partie il ne supportait aucun prosélytisme de la part d'autrui. Or, n'est-ce pas une des revendications du paganisme contemporain, laisser à chacun la liberté de se forger un avis, une opinion et ne jamais, par Zeus, chercher à convertir qui que ce soit, au risque de recommencer le drame de la prétention universelle chrétienne? Transformer la société oui, la convertir non, et j'ai pour ma part une opinion bien arrêtée là. Il est à mon avis nécessaire, plus que jamais, de bien dissocier les aspects religieux de tout le reste. Alors que pourtant, tout est lié. Mais chut....

jeudi 31 décembre 2009

En veoux tu, en voilà!

Le mot du Nouvel An c'est ça : voeux.

Moi qui n'ait jamais vraiment ressenti le passage d'une année à l'autre et qui fuit l'instant terrible des douze coups de minuit, quitte à en perdre ma sandale de vair fourrée, cette soudaineté de la précision où soit on vous souhaite tout le meilleur comme une flopée de cotillons ou bien le pire comme un Nostradamus du calendrier civil... moi qui fuit cela parce que justement le calendrier civil n'a jamais rien comporté pour moi d'émotif et de particulièrement magique, je suis un peu intrigué de voir et d'entendre partout l'expression des voeux.

Attention! Bécotage - 2 min.

Petite étude du mot du jour (et de l'an par extension).

Qu'est-ce qu'un "voeu"? Quid in latini? Votum est un terme qui désigne le procédé rituel par lequel on consacre un objet matériel, voire abstrait si vous êtes doué, selon le principe du don, en échange d'un contre-don de la divinité. Ce geste appuie souvent une prière à laquelle on sacrifie parce que le dieu y a répondu et qu'il mérite qu'on remplisse à notre tour notre part du contrat. Le voeu, c'est donc une prière comportant une promesse d'offrande. D'où l'expression "vouer qlq ch. à qlq'un". En magie comme en religion (mais où est la différence?), vouer un être à une divinité consiste à faire agir cette divinité sur cet être, et se dévouer soi-même entraîne un lien fort entre soi et la puissance invoquée.
Le voeu n'exige pas forcément un souhait sinon celui d'établir un tel lien mystique. Mais dans la prière votive, réflexe païen bien connu de l'Antiquité, le voeu répond souvent à un souhait satisfait, et le voeu est proprement accompli. La notion de souhait, elle, renvoie à un certain degré d'intention, élément important du micmac magique (ou religieux, mais vous finirez bien par comprendre que dans le rite, c'est du pareil au même). Cette intention s'apparente à la volonté, qu'elle soit contraignante (imposée à la puissance invoquée) ou juste "souhaitée", ce qui laisse une bonne dose de libre action aux forces de la nature. Ainsi, voeu ressemble à voult, la poupée d'envoûtement en ancien françois, envoûtement qui procède par la dévolution d'un individu à la volonté (contraignante) d'un autre. Le lexique ici présent est celui de la volonté, mais ne peut-on pas y voir une dérive des procédés de votum antiques qui vouaient une chose à une autre?

Tout ça pour en venir à l'idée que, théoriquement, lorsqu'on vous souhaite une bonne année, on voue votre personne à des forces surnaturelles bénéfiques : les traditionnels (ah, la tradition!) voeux de fin d'année (ou plutôt de début) sont généralement des voeux de prospérité, de santé, d'amour, de paix et de promotion sur le futur beaujolais nouveau, parce que tout ce qui est nouveau comporte une part de risque que l'on tenterait selon un réflexe païen de contrecarrer par les voeux aux divinités. Si on ne vous souhaite pas tout ça c'est qu'on est un vrai salaud. Mais, pourquoi reprendre cette tradition de voeux, quand on voit à quel point elle a perdu son sens originel? Aujourd'hui, quand votre oncle Billius vous souhaite santé, prospérité et chance aux jeux, il le fait parce que c'est comme ça et qu'il a une culture inconsciente mais collective (salut Jung) du voeu aux génies de la fortune, de la santé et de la chance (la déesse Fortuna/Tychè a eu sa place au premier rang des textes officiels pendant plusieurs siècles). Mais l'idée selon laquelle le voeu est un contrat qui implique que l'on consacre quelque chose ou quelqu'un à ces puissances allégoriques lui passe à dix kilomètres au-dessus de la tête. Pourtant le principe du don, de l'échange, est celui qui est mis en valeur encore, de la même manière inconsciente et collective, le jour de Noël et dans le rite des étrennes de début d'année!

Déjà, sachez que si je vous souhaite "bonne année!" ce sera pure politesse et que si je vous envoie mes voeux, c'est que quelque chose de louche se passe. Mais pas d'envoûtement, non, c'est pas classe ça. Ce sont des voeux de prospérité, santé et fraises tagada, et je vous vouerais bien volontiers à Fortuna, voire à Saturne.

Oui, parce que voilà, c'est un peu le moment des Saturnales, quoiqu'il s'agisse d'une fête plutôt enterrée sous Noël et le carnaval que sous celle de l'An neuf. Ce sont les fêtes de Saturne, le dieu roi de l'Âge d'or que nous n'avons jamais connu mais qui nous fait envie. On l'honore par l'inversion carnavalesque, celle qui fait des esclaves les maîtres et des maîtres les esclaves; on s'échange des étrennes, comme un tour de passe-passe et on ouvre une parenthèse dans le tissu serré des codes moraux, s'autorisant la licence d'imaginer l'âge d'or sans contraintes avant de reprendre le rythme régulier d'une vie civile et ordonnée.

Que Saturne vous apporte la santé, la prospérité et une vie sociale si vous n'en avez pas une, en échange de quoi je lui voue cet article.

Oh, et bonne année.

mardi 29 décembre 2009

B comme...

Bijoux, bisou, beau...

Balivernes! Non, monsieur, des beaux bijoux, vraiment. Breloques! Oui, mais païennes, les breloques alors. Babioles! Euh... Boute-en-train, bonbon, bagatelle, bague et boniments?

Bijoux!

Non mais au cas où vous auriez pas remarqué, les ateliers de créations païennes poussent comme des champignons sur la toile. Et les créations de bijoux occupent sans doute le premier plan. Des champignons, vous dis-je! C'est comme si des petits lutins s'affairaient depuis quelques temps à faire naître chez un maximum de gens l'envie de s'exprimer sous forme d'ornement, et de proposer cette expression à d'autres, congénères, consoeurs, confrères, & co.

Souvenez-vous, il y a un peu plus d'un an... mon amie la Dame du Lierre (oui, c'est moi qui l'appelle comme ça mais c'est de sa faute) ouvrait sa boutique sous le lierre. Eh ben regardez-y Sous le Lierre: elle y est toujours! Dites-moi que vous êtes allés voir... C'est de la belle caillasse, de la pierre magicalement transmuée (ouais, je sais, magicalement c'est pas dans le dico, mais néologisme si). Et il y a du mérite, de la passion derrière tout ça.

Bon, voilà pour le rafraichissement de mémoire. Maintenant, roulement de tambours...
BBBrrrrrBBBBBrrrrrrBBBBBrrrrr-BLAM!


Une nouvelle boutique, une autre amie, une autre créativité, un même talent. Cliquez moi sur ce petit lien, là (juste au-dessus, celui qu'est en couleur!). C'est païen, comme son nom l'indique. C'est des bijoux, j'vous assure. Et ça se regarde, ça se sent, ça s'effleure, ça s'achète, ça se porte, ça parle. Ca parle créativité, originalité, personnalité.

Bon, soyez indulgents, le site démarre, il commence. La maîtresse de maison vous distillera ses trésors avec le temps, comme une pluie de perles dans l'océan (soyez aussi indulgents envers mes métaphores, merci). Depuis le temps qu'elle me fait mariner avec son projet top-secret-défonce, je ne peux plus résister au moment de le rendre public!

J'vais peut-être m'y mettre aussi au bijou païen... ou trouver un concept de boutique païenne sur le net... Imaginons. Pourquoi pas un sex shop païen? Me vois bien vendre des gods de Beltane ou des tenues de petites fées lubriques... Ben quoi? ils ouvrent bien des sex shops pour chiens dans Paris!!! Ou alors, j'm'en tiens aux trois B : Blog, Balivernes, Bière Brune (ça fait trois quand même).

lundi 28 décembre 2009

Attention, spoiler! Attention, humain!

J'ai hésité un petit moment avant de poster ce qui suit, à savoir si je l'épingle côté perso ou si je l'englue là où vous posez les yeux (oui, parce qu'au cas où vous l'auriez pas remarqué, ce blog est mon blog "public", genre celui où je parle pas complètement de moi mais plus d'autres choses). Et je sais toujours pas bien si ça mérite sa place ici...

En bref.

J'ai vu Avatar.

Avec la belle aux senteurs de lys couverts par la rosée du matin que je tenais à mon bras, on savait que ce film devait se regarder au cinéma. Deux critères pour ça : pour être visible dignement au ciné, un film se doit ou bien d'être très profond textuellement et émouvant aux larmes ou au rire, ou bien d'être prodigieux visuellement. Quand c'est les deux, c'est un bon film. L'équation n'est pas bien compliquée.

On savait qu'Avatar était de la deuxième catégorie : prodigieux visuellement. Et il l'est. C'est du Cameron, mais ça s'arrête pas là. C'est beau comme un coulis de myrtilles sur une glace au caramel. C'est grand comme une partie de ping pong entre Titans. Côté effets visuels, j'veux dire. Des arbres qui font de la lumière! Nan mais sans blague, on y aurait pas pensé, même à Noël. Pour la recherche des modèles, ils ont dû prendre un manuel d'enfant sur la préhistoire et ils ont élargi les proportions, façon guimauve élastique, ils ont rajouté des pattes, des yeux, des dents, et ils ont renversé leurs pots de peinture dessus. Ca donne du beau. OK, jusque là les mecs, z'avez bien joué. Particulièrement pour le côté Final Fantasy de l'ensemble (les montagnes volantes, ça leur vient d'où cette idée?).

Maintenant, le scénar. Ben toute l'énergie (intellectuelle) a été dépensée dans l'effet visuel et la réalisation. Mais du côté de l'historiette, on s'complique pas. On reprend l'humain, on le retourne comme un gant pour mettre tous ses travers en avant, et on l'envoie coloniser une autre planète. Remake de l'Occidental en Afrique, XIXe s., mais au futur sur un satellite du Jupiter d'une autre galaxie. John Smith est un marine handicapée qui se retrouve travesti en indigène à peau bleue (on a déjà fait le tour des autres couleurs sur Terre et Mars) pour espionner la tribu que les méchants colons veulent chasser pour s'approprier les richesses de leur sous-sol, vu que sur Terre on a déjà tout foutu en l'air. Mais là, le héros tombe dans les bras de Pocahontas et devient peu à peu un parfait Tarzan converti au culte de la déesse-nature et de ses arbres éclairés. Tout est dit, sauf la fin, mais j'vous en laisse le plaisir de la (re)découverte. Je ne donnerai qu'un indice : Reversed Independance Day.

A partir de là, la déontologie m'invite à vous mettre en garde : attention, spoiler!

Y a du païen, y a du primitif et sauvage, y a du nature versus industry, on s'y reconnaît. Les mauvais côtés de l'humain nous sautent de nouveau à la gorge et ce pendant trois heures. On sait que si l'homme colonisait une autre planète, il agirait comme ça. On revoit l'Irminsul dans la chute de l'Arbre-Maison, on voit l'East India Company dans la Compagnie assoiffée de capitaux et de ressources. On voit des militaires en kaki qu'on dirait des GI en Irak (ah bah ouais) et des scientifiques qu'on dirait presque Don Quichotte combiné avec Rousseau, mais sont touchants. On a envie de renier notre nature humaine pour sauter sur un dragon et pilonner de flèches les envahisseurs. Mais le pire, c'est quand le type en chemise qui gère l'exploitation pour le compte des actionnaires de la Compagnie se met à éclater de rire alors que la scientifique éclairée lui explique qu'il peut pas s'en prendre aux arbres et aux populations parce que toute la biologie de cette planète est en fait un réseau vivant qui ressent et réagit (cf Théorie Gaïa) ; là, le voisin de siège sur le plan matériel de la salle de ciné se met à rire aussi, et ce con a exactement le même rire. A ce moment, tu as non seulement envie d'exploser la tête de l'acteur (son personnage, 'fin vous m'comprenez) à coup de projecteur holographique, mais tu as simultanément le désir furieux et express d'envoyer valser le co-spectateur contre l'écran en espérant que celui-ci ne soit pas de toile mais de plexiglas. Et quand la salle, suite à la projection (du film, pas du spectateur), se met à applaudir, cette envie prend malgré toi de l'ampleur. Tu sais que tous applaudissent à l'effet visuel du film et peut-être, tu l'espères, au message qu'il suppose véhiculer, mais tu sais aussi qu'une fois franchies les portes du cinéma l'effet visuel laissera une empreinte que n'aura pas le message. Et tu repenses au type qui riait, et tu repenses à tous ces être humains qui ne ressentent rien pour leur propre planète au point qu'on éprouve le besoin de les impressionner avec un autre monde imaginé pour espérer leur faire comprendre leurs erreurs ici et maintenant. Et tu sais que c'est inutile, c'est brasser du vent. Comme dans le film, l'humain est au final coupé de la nature, rares sont ceux qui sont capables d'une telle connexion.

Mais que croire? Pardon, que faire? Se réfugier derrière son avatar?

Je suis pas mort

... et je poste encore!

Saviez-vous qu'au pays de Cuchulain, j'ai nommé l'Irlande, le mariage païen est maintenant officiellement reconnu? Vui vui, ladys and gentlemen, c'est du scoop officiel, en Irlande, le paganisme est une religion aux yeux de l'Etat, et une religion qu'il accepte. La PFI (Fédération Païenne Internationale), section Irlandaise, est également reconnue comme l'interlocuteur privilégié, le représentant du paganisme dans le pays. C'est-y pas impressionnant?

lundi 30 novembre 2009

Les fils de la Terre et du Ciel étoilé

"Je suis le fils de la Terre et du Ciel étoilé..."

Voici comment les orphistes, lorsqu'ils avaient trépassé et rejoins l'autre rive du Styx, se présentaient au gardien de la source de mémoire. Mais qui sont les fils de la Terre, Gaïa, et du Ciel étoilé, Ouranos? Ne sont-ce pas, chez les poètes comme Hésiode, cette première génération de dieux, les Titans, du règne de l'Age d'or?

Si, les Titans et les hommes sont bien ensemble fils de la Terre et du Ciel étoilé. Mais voici ce que raconte le mythe orphique...

Zeus, ayant vaincu Cronos, le maître des Titans et des hommes de l'Age d'or, instaura un nouveau monde et, absorbant le cosmos, il devint le monde, le recréa de lui-même et assura son emprise sur lui. Se métamorphosant en serpent, le Sabazios, un dracôn, il s'unit à Rhéa-Cybèle-Déméter, la mère, celle qui règne sur les montagnes et les terres cultivées, il engendra Perséphone, la future reine de l'Au-delà. Zeus Sabazios s'unit ensuite à elle, sa propre fille... quelle image sensuelle que le serpent aux écailles cuivrées, image même de l'eau souterraine dont le pouvoir jaïssant est celui de la vie, s'enroulant autour du corps de la déesse charmée...

Naquit l'héritier de Zeus, le jeune enfant-dieu Dionysos Zagreus, taureau divin, incarnation de la puissance vitale, fils des déesses de la terre et du dieu du ciel. L'enfant fut éduqué par Apollon, le Soleil. Le sceptre de Zeus lui était promis, sceptre qui était venu à Zeus depuis le Premier être originel (l'Eros-Pan-Protogonos) après être passé dans les mains de la Nuit prophétesse, d'Ouranos le Ciel étoilé, puis de Cronos. Mais les Titans ne l'entendaient pas ainsi...

Ils enlevèrent l'enfant-dieu, le charmant avec des jouets, le sacrifièrent, le démembrèrent pour mettre sa chair à bouillir, dans une parodie de sacrifice, noir et maléfique. Athéna, la sage fille de Zeus, sauva le coeur de l'enfant. Le roi des dieux foudroya l'assemblée des Titans, les réduisit en cendres fumantes, maudites. Le coeur fut plus tard donné à manger à Sémélé, de la race des héros, qui engendrera Dionysos, le deux fois né, fondateur des mystères...

Les hommes furent créés à partir des cendres des Titans. Sans doute par Prométhée, lui-même titan. Ainsi les hommes sont-ils les derniers des Titans, dotés d'une nature divine, une double nature : en eux coule la puissance de vie, dans leur sang est le pouvoir de Dionysos Zagreus, l'héritier de Zeus... mais aussi une vie maudite, celle des Titans sacrilèges, une malédiction que seuls les mystères de Dionysos permettent de purifier, pour que dans l'Au-delà le gardien reconnaisse l'homme comme fils de la Terre et du Ciel étoilé...

Aujourd'hui les derniers des Titans sont toujours prisonniers de la malédiction. Ils démembrent la puissance même de la vie, la dévorent, sans respect des équilibres sacrés établis par les dieux - la nature. Le feu du Soleil, volé dans les entrailles de la Terre par Prométhée, autre faute aux yeux de Zeus, est une de ces malédictions qui leur donne le sentiment de leur pouvoir, pouvoir corrompu... Pensez au pétrole, poche de feu solaire prise dans le ventre de la terre, et dont l'usage déséquilibré aujourd'hui nous place devant notre responsabilité...

Se pourrait-il qu'un jour les hommes reprennent ces antiques messages, les réactualisent pour les lire au regards des caractéristiques de leur temps, et comprennent le sens du serpent divin et du fruit de son union avec les déesses de la terre, Dionysos, puissance de vie, sauvage et libératrice à la fois?

jeudi 19 novembre 2009

Intern or extern policy?

La politique étrangère britannique vue par William Gladstone, secrétaire libéral du Foreign office de sa Majesté en 1879 :

"La première chose est d'oeuvrer au renforcement de l'Empire en établissant chez nous des lois justes et une économie saine...
... que notre politique étrangère vise à maintenir la paix parmi... les nations chrétiennes du monde...
... s'efforcer de cultiver, de maintenir, oui, ... ce que l'on appelle le Concert de l'Europe. ... agir en commun est fatal aux égoïsmes. Agir en commun veut dire avoir des objectifs en commun; et les seuls objectifs autour desquels vous pouvez rassembler les Puissances européennes sont ceux qui concernent le bien de tous.
... reconnaître l'égalité des droits des nations entre elles. ... en donnant aux peuples des autres nations des raisons de ne plus avoir de respect et d'estime pour votre pays, vous lui portez en réalité un coup sévère.
... la politique étrangère de l'Angleterre devrait toujours être inspirée par l'amour de la liberté."
Discours à West Calder, 11 novembre 1879.

Quelques temps plus tôt, le radical John Bright déplorait au contraire l'importance de la politique étrangère comparée à la politique sociale, bien faible, de son pays...

" ... cette politique étrangère, cet intérêt pour "les libertés de l'Europe", ... cet amour excessif de "l'équilibre des pouvoirs" n'est ni plus ni moins qu'un vaste système d'assistance à domicile pour l'aristocratie britannique.
...
Je crois qu'il n'y a pas de grandeur permanente pour une nation si elle n'est pas fondée sur la moralité. Je me soucie peu de la grandeur des armes ou de leur réputation. Je me soucie de la condition des gens parmi lesquels je vis. ... les couronnes, les tiares, les mitres, les parades militaires, les pompes de la guerre, les nombreuses colonies, et un immense empire, pèsent selon moi encore moins que l'air et ne valent pas qu'on leur accorde de l'attention, à moins qu'ils ne s'accompagnent d'une proportion équitable de confort, de satisfaction et de bonheur dans le peuple."
Discours prononcé par John Bright le 29 octobre 1858 à l'hôtel de ville de Birmingham.

And now, compare...

jeudi 5 novembre 2009

jeudi 29 octobre 2009

Bienvenue à Cale-en-Bourg!

Mes chers amis... c'est fou ce que la géographie peut surprendre. Au détour d'un site que je regardais d'un oeil morne et sur lequel j'ai littéralement pillé une jolie petite quantité d'articles - dont je ne lirai probablement que la moitié - un mot m'a sauté à la figure. Il a bien failli me pulvériser la lentille de contact, secouant les liquides à l'intérieur de cet oeil morne que je citais...

..."cryptarchie"...

Bon, quand on a un peu le pied grec, on flotte assez facilement sur ce genre de néologisme, un peu facile, et la racine "crypt-" entraîne déjà quelques remous dans le bassin. Elle veut dire "caché". Avec tout le goût du secret qu'on peut avoir. Et "archie", mon cher Archimède, ça veut dire "autorité, gouvernement", 'fin comme dans "monarchie", "tétrarchie", "érarchie" (oups, non, ça c'est un néologisme à moi!)... bref, une cryptarchie kézako?

C'est, à en croire cet article, un type d'Etat, entendez par là un gouvernement plus ou moins élaboré, avec un territoire. Un territoire qui, dans le cas présent, peut se restreindre à la taille d'un fond de verre imprimé sur un meuble Louis XV ou n'être, tout simplement, que purement revendiqué, sans réel contrôle, "en sommeil", ou alors carrément virtuel (et là il ne se compte pas en km² mais en mégaoctets...)! Bref, une peau de chagrin dans un monde où, si on en croit le "droit des peuples à décider d'eux-mêmes", n'importe quel pélerin peut, théoriquement, décréter qu'il se constitue en Etat autonome et revendiquer son patrimoine foncier, sa terre, son lopin, comme territoire... Le loup solitaire quittant la meute qui se ferait un pays.

N'est-ce pas prodigieux? On n'y aurait pas pensé... Bon si on exclut quelques gugus de la communauté païenne qui, j'les vois bien venir avec leurs identitarismes et leurs révolutionarismes (c'est pas un néologisme ça?), s'ils y pensent, auront bien envie de se retirer dans leurs sanctuaires-Etats... et si on exclut les sorciers dont, c'est bien connu, le monde est organisé depuis le Code international du secret magique de 1687 (secret, crypto...) en Confédération, entre à mon avis bien dans la catégorie "crytarchie"... Moi j'suis tenté de faire comme les autres, là, dans l'article, me prendre un bout d'îlot perdu dans l'océan Atlantique, avec quelques sujets qui voudraient bien me reconnaître comme leur patriarche, et j'lèverais mes propres impôts, avec ma propre monnaie (qu'aurait un bouquetin, la monnaie), mon drapeau taillé dans de la toile de jupe, et j'construirais mon village, Cale-en-Bourg qu'il s'appellerait dans le patoi devenu langue nationale, et on chanterait l'hymne "Wythies'brew" en buvant de l'hydromel local (premier produit d'exportation), le jour de la fête nationale du 31 octobre, et peut-être, si ils sont sages, j'me présenterais aux élections de la présidence du Conseil européen... ou de l'ONU... j'sais pas 'core, faut que j'vois ça avec mes ministres.

Ou alors, j'déclare officiellement le Grimoire territoire de la tribu Telebinu... mais c'est moins pratique pour faire vieillir l'hydromel.

(Attendez, on frappe à ma porte...

............

C'était l'Unef.)

Bon où que j'en suis moi? ah ouais, la cryptarchie.

"... la création d'un Etat peut être vue comme une forme moderne de l'ubris, provocation suprême de l'individu..." : arrêt sur image.
L'Hubris (avec un "h", bordel, quand on fait des néologismes, on garde son grec froid!) dans la Grèce ancienne où j'ai un peu vécu (sisi), c'était un truc énooorme, une attitude que la mythologie et les tragédies athéniennes ont bien retourné sous tous les sens. Il s'agit de démesure, mais de grave démesure, du genre le pauvre mortel qui se prend pour un dieu. La grosse tête quoi. Mais je trouve que cette phrase est intéressante. Avoir un territoire, c'est-à-dire un morceau découpé sur cette terre d'après les seuls critères d'un esprit humain alliant propriété et esprit de meute (ou de troupeau), n'est-ce pas un peu s'attribuer arbitrairement ce qui, au départ, est propriété des dieux, à savoir le monde? est-ce que l'identité d'un homme a nécessairement besoin d'un territoire pour exister, ou peut-elle se contenter de l'abstrait? Les liens entre le monde physique et la représentation que l'on en fait, très intéressants du point de vue des rapports avec une divinité immanante, rejoignent un peu cette notion de territoire... Quand à l'Etat... Tout de suite les grands mots!

Houlà! mais c'est que j'm'intéresserais vraiment à la géo moi maintenant...

lundi 26 octobre 2009

Et Pandore, cette gourdasse, ouvrit la boîte...

"J'en chie en c'moment!" "Je rame" "Je galère à joindre les deux bouts" "je suis épuisé" "la vie est dure ma brave dame"... et autres allocutions du genre qui reviennent toutes à dire que nous aut', pauvres mortels d'ici bas, nous souffrons, peinons, pataugeons dans le cambouis d'une vie toujours en chantier... Mais quelle est l'histoire?

Il y a celle d'une p... fille, qui s'appellait Eve, et qui écoutait trop naïvement - dans l'innocence d'un monde où on pouvait pas manger les fruits de la connaissance, genre tu peux tout faire mais surtout n'y comprend rien, ne réfléchis pas - trop naïvement donc les ragots de basses branches d'un serpent bien malin celui-là - normal il avait dû déjà en bouffer du fruit défendu, lui. Eve a donc croqué sa pomme - ou sa figue, ou sa grenade, bref le fruit de la connaissance, celui qui te rend moins con mais du coup moins gérable. Elle en a fait partager la pulpe juteuse (et là y en a qui ressortent leurs interprétations philosophiques et freudiennes du mythe) à son homme, le seul qu'elle pouvait avoir au demeurant, lequel, aussi con qu'elle, s'est mis à savoir. Du coup, puni cagibi, ils sont voués tous les trois à en chier jusqu'à la rédemption finale où tout le monde se retrouve purifié et revient à ce nirvana de la béate ignorance, genre camé profond qui distingue pas ses pieds dans les nuages. La nana hurle sa maman lorsqu'elle a ses règles ou lorsque le futur chiard lui écarte les parois vaginales, le papa se crève le dos en poussant sa charrue dans son champ plein de caillasse et paie ses impôts, le serpent se ripe la bedaine à se tortiller sans guibole sur la même caillasse, bref, la vie quoi.

Autre culture, autre mythe, même morale grosso peto. Zeus s'est fait arnaqué sur la marchandise lorsqu'a été institué le rite du sacrifice (aux hommes la viande, aux dieux les os et la graisse), du coup il fulmine sa vengeance bien frappée, avec des glaçons en forme de coeur. Il fait modeler une femme, une bombasse qu'Héphaistos, potier pour l'occasion, tripote dans la glaise de son atelier et à qui il donne vie. Cette belle Pandore ("cadeau de tous", mais quel cadeau) reçoit bien des dons : le charme d'Aphrodite, des fringues de chez Athéna (c'est de la marque) et le grain de sel d'Hermès : la curiosité. Pandore est donc, là aussi, une conne. Mais elle a été faite ainsi, ne lui en veuillez pas.
On la refourgue en mariage à Epiméthée, le frère de celui-là même qui a créé les hommes et arnaqué Zeus, Prométhée. Mais ce frangin est tout l'opposé de son aîné et, comme son nom l'indique, c'est lui aussi un abruti. Ce qui est moins excusable de la part d'un titan, mais bon, passons, ce qui est fait est fait. Comme cadeau de mariage, on lui donne une boîte avec écrit "défense d'ouvrir" (ou une jarre, ou un pot de chambre sur lequel il est écrit "ne pas tirer la chasse", comme vous voulez). Faut déjà se méfier de ce genre de cadeau. Mais les deux mariés sont des triso. Epiméthée un peu moins, il comprend quand même qu'un cadeau de Zeus avec écrit "pas touch'", ça s'touche pas. Il le planque.
Mais voilà, un jour qu'il était partie taper le carton, Pandore, cette brave petite, décide de faire le grand ménage de printemps. Et elle tombe sur la boîte que son c... cher époux avait mal cachée. Et comme elle est curieuse, pire qu'Alice, elle l'ouvre.

La conne.

Un tas de merdes s'en échappent, mais des vraies saletés. Toute la misère du monde s'y trouvait enfermée, gentil cadeau empoisonné, et du coup s'échappent la faim, l'effort, la peine, la maladie, la douleur, les impôts et le papier toilette écologique, bref, tout ce qui rend notre vie si difficile à construire, notre quotidien si semblable à un jeu de cricket où c'est toi qui fait la boule. Pandore se retrouve mal, bien sûr, la pauvre, si elle avait su lire (ben oui, le mythe ne dit pas si elle avait seulement appris à lire cette cruche). Mais le mal est fait, les hommes sont destinés à suer sang et eau pour payer des taxes, les femmes à les maudire quand elles transmettent ce lourd fardeau à leur engence, et les serpents... non pas de serpent dans cette histoire, les pauvres bêtes, elles n'ont rien à voir là dedans, c'est une épouventable méprise.

(zoli dessin d'Arthur Rackham)

C'est alors qu'entre ses larmes, la pauvrette se rend compte qu'il reste un truc au fond de la boîte. Là, grelottant, l'air perdu comme une coccinelle dans un bac à sable, cherchant à se fondre dans le décor en bois peint de sa prison maudite, l'Espoir, petite bestiole minuscule et volatile que le Père des hommes et des dieux, dans sa miséricorde - bon j'parle chrétien et alors? - avait gentiment laissée avec toutes ses merdes dans le tuperware de la chcoumoune, au cas où le reste serait trop difficile à supporter pour les hommes.

Un suppositoire pour faire passer le poison, en somme.

L'espoir... un cadeau? Je n'en suis pas sûr. C'est une pilule agréable certes, mais ne fait-il pas parti de la malédiction au même titre que les autres? Car Zeus, mon bon Hésiode, est retors, il a la métis en lui, la ruse, la sagesse de pondre des plans que Machiavel aurait pas pu imaginer. Zeus est pas roi des dieux pour des prunes, il sait ce qu'il fait. Les malheurs ne seraient rien sans l'espoir. Mais l'espoir de quoi? L'espoir d'une vie meilleure? L'espoir d'échapper à tout le reste? Non, on n'y échappe pas. Pourtant oui, la vie peut être meilleure. Alors? Doit-on espérer?

Oui, on le doit. Oui parce que depuis que cette gourdasse de Pandore a ouvert la boîte, l'espoir s'est mêlé à toute la foule des cochonneries qu'on doit endurer. C'est aussi lui qui fait jouer au loto le mec qui peut pas payer une sucette à son gosse, dans l'espoir d'être riche et de rembourser toutes les dettes contractées pour la bagnolle. L'espoir fait vivre. L'espoir permet d'endurer la souffrance, le chagrin, mais ne soigne pas de l'inéluctable. Zeus, plus malin que Yawhé qui plante un arbre pour qu'on n'en mange pas le fruit, avec sa boîte qu'on doit pas ouvrir? Peut-être pas. Yawhé savait aussi ce qu'il faisait. On n'est pas démiurge transcendantal sans un brin de jujote. Si Adam et Eve n'avaient pas mangé le fruit, il seraient restés dans cet état d'hébétude éternelle que tout bon créateur attend de ses poulains quand il expérimente avec eux la vie. Mais en mangeant le fruit de la connaissance, ils deviennent les seuls responsables de leurs choix. C'est le libre-arbitre, tant discuté par les théologiens de ce quartier. Du coup le Père se décharge de sa propre responsabilité. L'expérience ne sera pas pratique, mais il pourra au moins reprocher leurs inconduites à ceux qui savent. Et il leur vendra la foi, en compensation, dans sa miséricorde.

Mais que faire de cet espoir? Le remettre dans sa boîte et réexpédier le tout à Zeus en colissimo? Ou le recueillir, l'entretenir avec des feuilles (ou des blogs, question de régime), lui donner un petit coin de coeur avec un nid douillé, fait des branches de nos propres souffrances? Pandore, cette Pérette, a finalement fait le bon choix. Elle a recueilli l'espoir, lui a lissé les ailes, l'a nourri avec un goutte-à-goutte de ses propres larmes, et il s'est multiplié. Chaque être humain peut donc avoir l'espoir avec lui. Celui-ci est impuissant à soigner le mal, mais c'est un précieux compagnon pour éponger les chagrins qu'il engendre, puisqu'il se nourrit de larmes et sécrète le désir de vivre. Ainsi l'espoir fait vivre.

Il n'a rien de comparable à la force de la volonté, rien qui agisse sur ce monde. Ce n'est pas une puissance métamorphosante, il ne modifie pas notre vie. Mais il essuie la sueur. Et quand il disparaît l'homme sait qu'il a perdu quelque chose.

Chaque homme est une boîte de Pandore.

mercredi 21 octobre 2009

Interpretationes

Ai lu l'article de Clifford Ando, historien anglo-saxon, sur l'"Interpretatio Romana" (Impact of Imperial Rome on Religions, Ritual and Religious Life in the Roman Empire..., publié à Leyde en 2006), et le propos rejoint en partie une discussion que j'ai eue hier soir avec une amie, donc j'ai plutôt envie de m'étendre sur le sujet... et hop! encore un peu de beurre sur la tartine!

Quid de l'interpretatio romana? Comme la graeca en grec, il s'agit théoriquement de l'identification faite par les Romains d'une divinité étrangère avec un membre de leur propre panthéon. Par exemple, ce brave César vadrouillant en Gaule, considère que les barbares ici présents vouent un culte particulièrement fort à Mercure. Entendez par là à Lug, mais César, précisément, ne dit pas Lug, il dit Mercure. Est-ce juste parce qu'il écrit à des Romains et que, pour qu'on comprenne ce qu'il baragouine, il utilise un nom latin comme traduction? ou bien est-ce parce qu'il considère vraiment que Lug et Mercure sont la même personne - je veux dire le même dieu? Tout cela ne va pas sans poser quelques problèmes...

Les historiens ont souvent considéré que ce phénomène d'interpretatio était essentiellement linguistique : on traduit, plus qu'on identifie. Lug est un nom barbare, utilisons un mot bien romain, siouplé!
Mais l'article que j'ai lu préfère défendre une idée moins réductrice.

D'abord, le fait de traduire une idée étrangère, dans le champs lexical de l'écrivain, est très ancien. Pline l'Ancien raconte que les druides considéraient le gui comme la chose la plus sacrée et qu'ils portaient lors de tous leurs rites les feuilles de l'arbre sur lequel poussait cette jolie boule parasite et toxique au demeurant. Du coup, ils se retrouvaient souvent paré de feuilles de chêne. Et c'est pour ça qu'on les appelle "druides", parce qu'en grec (et c'est en grec qu'on a commencé à parler des druides) le chêne se dit "dryes" (matez la jolie dryade). On ne dira jamais à quel point les Anciens se creusaient la cervelle pour bricoler des étymologies fascinantes, mais bon, le fait est qu'il y a bien là un cas sévère d'interpretatio graeca.

Le problème de la langue est courant dans l'Antiquité, est en fait, il traduit les différences culturelles entre les peuples. L'exemple fameux cité par l'article est celui des Grecs d'Etolie qui, vaincus militairement par les Romains, ont demandé au général vainqueur sa miséricorde, lui promettant leur "pistis" (foi, confiance, alliance) en signant le traité... mais en latin, pistis se traduit par fides, qui veut bien dire aussi foi, confiance, mais en fait d'alliance, une relation d'inférieur à un supérieur... voyant qu'ils se plantaient sur la dose d'épice dans la sauce, les Grecs sont allés dire au général romain qu'il leur faisait signer un traité contraire à leurs principes culturels et politiques typiquement grecs de liberté, lequel général leur a répondu froidement quelque chose qui veut dire à peu près : "ta gueule, si j'ai envie j't'écrase avec le pouce alors fais ton lit et couche-toi" ou "j'ai l'armée la plus forte, ta liberté tu t'la fous... à la grecque"...

Plus tard, bien plus tard, quand le grec avait à Rome la même teneur que l'anglais à Paname, c'est-à-dire la langue à la mode, l'internationale, celle que t'es ringard si tu sais pas dire what a fuck ou coca cola mac iphone coming out, l'empereur Tibère a demandé au sénat de ne parler que le latin à la curie, de remplacer le mot "emblèma" dans leurs sénatus-consultes par l'équivalent latin, façon "on dit pas e-mail, on dit message électronique". On est Romains bordel de merde.

L'ennui, encore, c'est que les mots grecs se traduisent pas en latin, ils s'approximatisent. Et j'vous parle pas des faux-amis. Quintilien, en parlant de "rhétorique" (un h derrière un r, y a que les Grecs pour réussir à aspirer un r...), trouve dégueulasse le mot latin oratoria, qui fait minable à côté de ce mot grec au sens riche et tellement plus poétique... Bref, tout ça pour dire que la linguistique est une calamité de tous les temps. Et que dire donc des dieux? Peut-on traduire un dieu d'une culture étrangère dans la nôtre? Peut-on faire du Macdo un Quick, sans que la sauce ait définitivement un autre goût (et des chiottes plus propres, souvent, mais passons)? Héra d'Argos est-elle Junon de Rome?

Dans la langue, c'est en fait facile. Mais dans l'image? Les statues de cultes ne se ressemblent pas. Les dieux ne sont même pas les mêmes d'un rituel à l'autre, d'une culture à l'autre, d'un temple à l'autre. Sarapis, ah! Sarapis, en Egypte, est vu par certains comme un Jupiter à cause de son pouvoir, un Osiris parce qu'égyptien, un Asclépios parce qu'on le représente avec le bâton au serpent... Qui peut prétendre voir dans l'égyptien Ammon, avec ses cornes, l'essence et la personnalité de Zeus avec sa foudre? L'identification a ses limites. Qu'Allah soit Yawhé, ca paraît évident - encore que... - sinon qu'Allah c'est de l'arabe et Yawhé de l'hébreu (au demeurant deux langues sémitiques, et avec un lien entre Allah et El), honorés par des rites différents, dans des cultures différentes.

Alors oui, quand on affirme qu'il n'y a qu'un dieu et que c'est celui-là le vrai, on peut être tenté de dire que de tous les côtés c'est bien le même qu'on voit, mais quand un dieu est censé se distinguer du reste d'un panthéon, que ces panthéons sont eux-mêmes diverses et qu'ils ne s'articulent pas de la même façon, que penser? Doit-on considérer qu'Ammon et Zeus sont d'une même essence, malgré leurs anthropomorphisations radicalement différentes, leurs attributs qui n'ont rien en commun (une oie pour l'un, un aigle pour l'autre), leurs places diverses dans leurs panthéons respectifs (Ammon n'a pas de père, Zeus a fait enchaîner le sien...), leurs rites différents, etc. Dans un sens, oui, si on considère leurs pouvoirs, ou plutôt le vis de leur numen, la force de leur essence... Tous deux sont maîtres du monde, leur essence est celle de dieux prépondérants, quasi absolus, des presque Allah-Yawhé, et leur force se ressent pareil, celle du pouvoir supérieur... Peu importe comment cette idée se traduit en images, actes, paroles, l'archétype est là, le reste n'est que langage pour exprimer en termes humains ce qui est par essence "surnaturel" et "surhumain".

Se manifeste alors la souplesse du polythéisme, qui fait qu'un même dieu n'est pas vénéré partout sous la même forme, avec des noms différents : ici Athéna est Poliade (de la cité), là elle est Calcheia (du bronze), mais ça reste Athéna quand à l'essence fondamentale. Dans l'Iliade, Héphaïstos est marié à une Grâce, dans l'Odyssée à Aphrodite, mais qu'importe? on n'exprime pas tout à fait la même chose, alors on joue sur les représentations comme on joue sur les mots.

On peut polémiquer sur les interpretationes. Pour moi César s'est un peu planté : Lug est certes patron du commerce, comme Mercure, mais avec nos connaissances d'aujourd'hui, qui dépendent d'une vraie linguistique et, il est vrai, de textes médiévaux que ne pouvait connaître César et grand bien lui en a fait, on sait que Lug a une essence solaire, que traduit sans doute son association au corbeau (voir les mythes de fondation de Lugdunum, Lyon) et ce comme Apollon.
Mais là encore, peu importe, si j'ose dire. On peut jouer sur les mots comme sur les dieux (et on joue même beaucoup avec), ce qu'on ne peut changer c'est leur essence, quand elle nous échappe, comme l'amour est l'amour et qu'on peut seulement l'interpréter en Désir (Eros), sexe (Aphrodite Pandémos) ou relation platonique (Aphrodite Ourania), voire tout ça ensemble. Qu'il soit éphémère ou éternel, illusoire ou passionnel. Le divin nous échappe en partie, le dieu, lui, est représentation. Il ne s'agit pas de croire (pourquoi se poser la question, si les choses sont, croire en elles ou non n'a aucun impact dessus), il s'agit de comprendre peut-être, d'exprimer sûrement.

L'interpretatio romana a un intérêt, c'est qu'elle n'est pas juste un phénomène linguistique, elle a surtout une résonnance culturelle. Il s'agit d'un moyen, dans l'empire romain d'alors, de négocier les différences culturelles. Toutes les complexités théologiques qui se profilent derrière sont affaire de théorie, de compréhension du numineux, c'est-à-dire du sens profond de la nature divine (on dira l'ontologie divine pour se la péter un peu), de l'essence divine... ce qui au fond est commun à tous et à toutes les cultures, puisqu'il s'agit des réalités fondamentales de notre monde et de la surnature.

Aujourd'hui, dans le paganisme contemporain avec tous ses travers, peut-on penser à des interpretationes qui, en respectant les figures divines historiques que nous ont léguées nos ancêtres, pour respecter leur culture (et là je vise carrément, mais méchamment, l'Hécate des wiccans), permettraient de jouer sur nos propres différences culturelles, plus affaire de choix que de génétique ou de généalogie (ou alors j'ai un chromosome grec qui me vient, c'est obligé, d'Alexandre le Grand lui-même), de les dépasser en les acceptant, ces différences, pour se concentrer sur le sens, l'essence, le fond des choses, le contenu du contenant, ce qu'il y a dans la boîte de Pandore ou sous la jupe de Vénus, et proposer, enfin, une conscience du monde qui permettrait de vivre content avec lui.

Yallah!

samedi 17 octobre 2009

Hymnologie 1

Je me tiens au milieu des ruines d’un monde oublié,

Je suis debout dans une pleine désolée, abandonnée.

Des livres, des monceaux de livres, se tassent et s’entassent,

Paroles qui se soumettent à des condamnations tenaces.

Je ne sais que faire quant à la poussière et la cendre,

Qui recouvrent les âges éphémères et fugaces.

J’ai peur pour l’avenir, peur de ne pas comprendre

Ce passé que l’on invoque tant et tant qu’il se confond

Dans les fantasmes de l’ère craintive et l’esprit second.

J’invoque ce passé, cet imaginaire refoulé,

Comme on appelle les larmes et la joie inconscientes,

Et je compte sur mes mots pour imprimer

Sur le réel la trace des forces qui nous violentent.

J’ai au cœur cette blessure intrinsèque, cet éclat ardent,

D’amour et de peur religieuse, sceau d’un sacré immanent.

Je sais ce que je vis et vis ce que je crois, fidèlement,

Mais je veux agir par choix et rejette l’irresponsable,

Car les dieux toujours sont lois, et règles du jeu.

Vivre c’est en faire l’expérience, combien redoutable,

Mais les choisir c’est trouver en eux l’âme et l’amoureux.

Le Sage s’adapte et sait accepter ; le Mage plonge en lui-même :

Il trouvera, il le sait, les puissances qu’il aime et l’aiment.

Celles aussi qui le rebutent et le pourchassent, gibier humain,

Mais dans ce for-intérieur, il entreprend la métamorphose

Qui lui donne son nom et son image, marquée du divin

Tel qu’il a choisi de l’être et par choix se l’impose.

Je suis toujours debout entre les ruines à bâtir.

Je vois pousser le lierre entre les pierres, sur la cendre.

Le soleil revient toujours, l’eau coule, la terre se fait temps,

Je me laisse glisser entre les anneaux qu’on a laissé salir,

Loin de l’immonde religion, non dans un culte dont dépendre,

Mais aux entrailles mêmes du sens, de l’être et du conscient.

Là, dans ce jardin de l’instant, proche des dieux du monde,

Je me transforme et me génère en homme animal,

Je suis fils de la terre et du ciel étoilé, l’être primal,

Et la vigueur réparatrice d’une musique me guérit de ses ondes.

(...)

Je suis l’atypique du païen, marginal jusque dans la marge,

Certains diront que je suis lumineux d’autres barge,

Mais peu me chaux je suis une voie qui n’appartient

Qu’à moi

...
Tom